Les pierres agissent aussi
Il est commun d’associer les pierres à la fixité, la résistance et la permanence. Pourtant, dans différentes sociétés, les pierres renvoient aussi au mouvement, à la transformation et à l’incertitude. L’étude des relations aux pierres motive depuis plusieurs années les recherches de l'anthropologue Laurence Charlier Zeineddine, enseignante chercheuse au Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires
© Laurence Charlier Zeineddine
Pour la plupart des géologues, les pierres ne sont pas vivantes mais elles agissent
Les pierres non travaillées par la main ont pourtant facilement échappé à l’attention des anthropologues. Leur étude ne relève-t-elle que du domaine des sciences naturelles ? Comment dissiper la frontière entre l’examen des activités sociales réservé aux anthropologues et l’étude des matériaux destinée aux géologues ?
À hauteur de pierre
La perspective anthropologique classique a le mérite d’avoir insisté sur le rôle social des pierres. Celles-ci peuvent être employées pour améliorer l’agriculture ou pour soigner les gens ; elles peuvent être utilisées pour borner un espace ou maintenir des échanges interethniques. Elles peuvent enfin témoigner du passé d’une société ou révéler un geste technique. Anthropologue au sein du LISST, Laurence Charlier Zeineddine a voulu changer de perspective et insister sur le fait que les groupes n’ont pas obligatoirement un point de vue utilitariste et anthropocentré : les pierres ne sont pas toujours des ressources, des remèdes ou des réceptacles d’entités surnaturelles dont le pouvoir serait bénéfique. Ce point de vue plaide pour mener une recherche anthropologique « à hauteur de pierre », une recherche qui évite de subordonner immanquablement les pierres aux activités humaines, techniques ou rituelles.