Un premier bilan des sources et des puits de protoxyde d'azote (N2O) à l'échelle globale

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Un premier bilan des sources et des puits de protoxyde d'azote (N2O) à l'échelle globale
Bilan global de N2O pour la période 2007-2016 montrant les flux directs et indirects associés aux sources anthropiques (flèches aux tons chauds ; rouge : agriculture) et les sources et puits naturels (flèches vertes). Le bilan total n'est pas exactement égal à l'accumulation atmosphérique observée, car les différents termes ont été évalués de manière indépendante. Ce déséquilibre apparent correspond à la marge d'incertitude évaluée sur le bilan. Les sources et puits sont donnés en TgN/an.

Le protoxyde d'azote ou oxyde nitreux (N2O) est un puissant gaz à effet de serre (environ 300 fois plus efficace que le dioxyde de carbone), qui contribue à la fois à l’appauvrissement de l'ozone stratosphérique et au réchauffement climatique. Sa concentration dans l'atmosphère a augmenté de 2 % par décennie au cours des 150 dernières années.

Un groupe international de chercheurs du Global Carbon Project et de l'International Nitrogen Initiative vient de réaliser un premier inventaire complet des sources et puits de N2O, tant naturels qu’anthropiques. Ce bilan, publié dans la revue Natureprend en compte l'ensemble des compartiments du système Terre (atmosphère, continents et océans) et tient compte des interactions potentielles entre les dépôts d'azote (N) et les processus biochimiques qui contrôlent les émissions de N2O. Ce bilan a permis d'établir que le taux des émissions de N2O à l'échelle globale avait augmenté de 10 % depuis 1980 pour atteindre 17,0 TgN/an (téragrammes d’azote par an) en 2016.

Des chercheur.es français.es1  de ce groupe, issu.es notamment du Centre national de recherches météorologiques (CNRM - CNRS, Météo-France), ont participé à l'estimation des flux de N2O émis par l'océan et les surfaces continentales. Le flux océanique de N2O a été évalué à 3,4 TgN/an (estimé dans une fourchette allant de 2,5 à 4,34) pour la décennie 2007-2016. La zone tropicale (30°S-30°N) est la principale région émettrice (53 % de ce flux), devant l'hémisphère sud (31 %) et l’hémisphère nord (17 %). Toutefois, la principale cause de l'augmentation du N2O atmosphérique reste l'emploi d'engrais azotés sur les terres agricoles, dont l'usage participe à hauteur de 70 % des émissions anthropiques sur la décennie 2007-2016. Plus généralement, l'ensemble des émissions anthropiques de N2O a augmenté de 30 % à l'échelle globale sur les 4 dernières décennies (1980-2016) pour atteindre 7,3 TgN/an (fourchette allant de 4,2 à 11,4).
Cette étude souligne qu’il est urgent de réduire les émissions de N2O.

Bibliographie

Tian, H., Xu, R., Canadell, J.G. et al. A comprehensive quantification of global nitrous oxide sources and sinks. Nature 586, 248–256 (2020). https://doi.org/10.1038/s41586-020-2780-0

  • 1Ces chercheurs sont issus du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE/IPSL, CNRS / CEA / Université Versailles St-Quentin), du Laboratoire de météorologie dynamique (LMD/IPSL, CNRS / École Polytechnique / Sorbonne Université / ENS Paris / École des ponts ParisTech) et du Centre national de recherches météorologiques (CNRM, CNRS / Météo-France).

Contact

Sarah Berthet
Chercheuse Météo-France au Centre national de recherches météorologiques (CNRM - CNRS, Météo-France)